minuit passé de cinq minutes. D marche dans la ville, au hasard des rues qui se trouvent sur son chemin. il est seul à ce moment où des millions d'autres embrassent leurs voisines de tablée ou leurs partenaires de danse. il est seul mais ça ne regarde que lui.

il est seul mais la marche l'occupe et son esprit aussi vagabonde. chaque pas alimente les songes et la réflexion de D. chaque lumière aux étages des bâtiments qu'il longe maintient son esprit en éveil. les bouts d'avenue constituent des objectifs intermédiaires à atteindre. chaque piéton qu'il croise est un compagnon de marche en solitaire.

ce n'est pas qu'il se fiche du réveillon de nouvel an ou qu'il se moque des personnes qui s'embrassent pour l'occasion. c'est juste que ce soir il ne peut pas faire de même. et pour ne pas y penser, pour se vider la tête, pour se changer les idées, il est sorti marcher, pour combler le vide qui l'habite depuis plusieurs jours, pour se remplir la tête des images et des bruits des lumières de la ville et des passants qui sortent ou qui rentrent chez eux.

avant de sortir tout à l'heure, il a juste avalé un bout de pain, du fromage et il a emporté son sac à dos et du thé dans une bouteille isotherme. au cas où il aurait froid ou soif parce que dehors, il ne fait pas loin de 3° et que la marche ça fatigue aussi les jambes et la bouche du promeneur solitaire.