en effet, on constate que si l'utilisation d'une nouvelle technologie permet de réaliser des économies d’énergie, celles-ci se trouvent compensées dès que les individus qui composent la société ont intégré ce changement et adapté leurs comportements à la nouvelle situation. c'est ce qu'on appelle communément l'effet rebond.

ce mécanisme - a priori paradoxal - a été découvert par Stanley Jevons dans son enquête sur les progrès issus de la révolution industrielle et l'épuisement probable des mines de charbon :

si la quantité de charbon employée dans un haut fourneau diminue par rapport au produit, les profits de la branche augmenteront. de capital nouveau sera attiré, le prix de la fonte baissera, mais sa demande augmentera. Le nombre accru de hauts fourneaux fera éventuellement plus que compenser la consommation réduite de chacun. et si ce n'est pas toujours le résultat dans une seule branche, il faut se rappeler que le progrès de n'importe quelle branche de l'industrie excite une activité nouvelle dans la plupart des autres branches, et mène indirectement, sinon directement, à entamer nos gisements houilliers. [Stanley Jevons, in the coal question : an inquiry concerning the progress of the nation, and the probable exhaustion of the coalmines, 1865]

ainsi, à mesure que les changements technologiques améliorent l'efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer. aujourd'hui encore, le paradoxe de Jevons est la plus forte critique à la thèse d’une transition énergétique qui reposerait exclusivement sur le progrès technique.

l'effet rebond est manifeste dans le domaine des transports où les bagnoles ont subi des améliorations notables au niveau du rendement des moteurs. les automobilistes ont alors pu s'offrir une bagnole équipée de la clim', parcourir des distances plus grandes en éloignant leur domicile du lieu de travail et des centres d'activités et par conséquent, éprouver le besoin d'une bagnole supplémentaire pour faciliter les déplacements du conjoint.
on peut craindre que l'effet rebond se manifeste également à l'échelle du logement. en effet, le gain économique tiré de l'isolation du logement peut conduire un ménage à augmenter sa consommation d'énergie, directement (chauffage) ou indirectement (achat d'une TV grand écran).

si l'efficience énergétique seule n'apporte pas de réponse satisfaisante au problème de l'épuisement rapide des ressources naturelles, deux pistes permettent d'accompagner le progrès technique, de réduire notre consommation d'énergie et de se couvrir contre le risque de l'effet rebond.

  • une taxe sur la consommation d'énergie.

    pourquoi ? la taxe vise à compenser - au moins partiellement - le coût social et environnemental généré par la production et la consommation d'une unité d'énergie.

    et après ? pour maintenir constant le poids de la taxe, celle-ci doit être régulièrement revalorisée. pour réduire la consommation d'énergie, on doit - au minimum - contrebalancer la croissance du revenu et l'effet du progrès technique, soit par un facteur égal à [(1+augmentation du salaire réel)*(1+inflation)*(1+progrès technique)*(1+vitesse désirée de la transition)-1].

    que faire des recettes de la taxe ? il n'est pas nécessaire de destiner les recettes de la taxe à un usage spécifique pour que la taxe soit efficace, celle-ci peut être redistribuée, financer des dépenses supplémentaires, diminuer d'autres prélèvements (impôt sur le revenu, sur les bénéfices, tva, etc) ou de réduire la dette publique, c'est-à-dire le niveau des impôts futurs.

    si la collectivité fixe le prix de la taxe, rien ne lui assure que la consommation d'énergie va décroître. c'est la raison pour laquelle il faut bien fixer la taxe à un niveau suffisamment élevé pour que la société change de cap. il faut aussi que la société soit capable d'estimer régulièrement le progrès technique, ce qui n'est pas une chose aisée.

  • la création d'un marché de quota.

    pourquoi ? le motif est sensiblement le même qu'avec la taxe. la différence réside dans le fait que la collectivité ne cherche pas à estimer le coût social et environnemental - le peut-on avec précision ? - mais impose une limite à la production d'énergie.

    comment ça fonctionne ? la collectivité crée un marché de quotas énergétiques et annonce la quantité offerte aux enchères. les producteurs d'énergie expriment leurs demandes respectives (quantités et prix). le commissaire-priseur adjuge alors les quotas aux producteurs les plus offrants. on recourt ainsi régulièrement et réduisant progressivement la quantité de quotas afin que le corps social s'adapte au mieux à ce changement. un marché secondaire peut être également mis en place. celui-ci permettrait à quiconque - producteur d'énergie ou association écologiste - de racheter des quotas, pour les utiliser... ou pour empêcher qu'ils le soient !

    que faire des recettes tirées de la vente des quotas ? même réponse que pour la taxe. :)

    l'avantage du quota sur la taxe, c'est qu'il "suffit de" dresser un plan de décroissance énergétique qui prévoit de réduire progressivement et à long terme la quantité de quotas (ex : -90% d'ici à 2100, c'est -5,1% de quotas tous les 2 ans, ou -1,3% tous les 6 mois). le plus dur étant de s'y tenir sur le long terme..

merci pour vos commentaires critiques et constructifs ;-)