- supprimer la trappe à bas salaires
pour lutter contre le chômage, on a depuis 20 ans dispensé les employeurs du versement des cotisations sociales patronales pour les salaires au voisinage du smic. la réduction du coût du travail peu qualifié augmente la demande de travail et indirectement, favorise la création d'emplois. or, dans la mesure où l'exonération de cotisations sociales patronales est ciblée sur les bas salaires et dégressive, cette politique favorise la compression de l'échelle des salaires et la formation d'une trappe à bas salaires.

ex : si la productivité d'un ouvrier augmente de 5%, il peut légitimement demander une augmentation de 5%, mais le patron subit une augmentation des cotisations sociales patronales plus rapide que celle du salaire ouvrier. au plus, le patron concèdera une hausse de 5% du coût du travail (salaire brut + cotisations sociales patronales) mais le salaire en sortira peut-être revalorisé de 2-3% soit bien moins que ce qui devrait être.

selon Mélenchon, l'exonération de cotisations sociales patronales représente un cadeau - forcément immérité - fait aux patrons, donc on peut et on doit le leur reprendre. pour ma part, si je penche fortement pour la suppression de la trappe à bas salaires et donc des exonérations de cotisations sociales patronales, je considère que cette politique nécessite du temps, surtout si on cherche à éviter que les travailleurs qui bénéficient indirectement de cette politique - en étant dans l'emploi plutôt qu'au chômage - en paient le prix :

  1. la suppression totale de l'exonération des cotisations sociales patronales doit se réaliser progressivement afin que le coût du travail au niveau du smic n'augmente pas plus vite que l'inflation.
  2. on peut geler temporairement le taux de salaire minimum pour réduire le temps de l'ajustement, mais cette rigueur salariale a pour conséquence prévisible la réduction du taux de salaire réel.
  3. alors pour éviter de réduire le gain du retour à l'emploi et d'appauvrir davantage les travailleurs pauvres (!), il faudrait leur verser une allocation compensatrice de revenu.
- réduire la pauvreté parmi les travailleurs (et les autres)
pour permettre aux travailleurs pauvres de consommer davantage ou/et mieux, il faut accroître leur revenu disponible. là encore, la solution portée par la gauche traditionnelle me paraît vouée à l'échec.
si Mélenchon considère que l'augmentation du smic permettrait de solutionner en grande partie le problème social, il fait visiblement abstraction du fait que la revalorisation du smic à marche forcée (+21,4% immédiatement + 5% par an pendant 5 ans et grosso modo + 35% en raison de la suppression des exonérations de cotisations sociales patronales = pas loin de + 110% sur 5 ans !) risque non seulement de ne pas créer les emplois escomptés mais également d'en détruire beaucoup d'autres.
la proposition de Mélenchon me semble vouée à l'échec mais des alternatives intéressantes existent :
  1. dans un monde où les ressources énergétiques non-renouvelables s'épuisent rapidement, le moyen le plus pertinent de restaurer la capacité des individus à joindre les 2 bouts de chaque mois réside dans le lancement de programmes sociaux d'investissement : isolation thermique de l'habitat par exemple. permettre aux individus pauvres de réaliser des économies d'énergie est un bon moyen de réduire la précarité énergétique et ainsi, d'améliorer sur le long terme leur niveau de bien-être - en veillant à lutter contre l'effet rebond.
  2. en lien avec la suppression de la trappe à bas salaires, l'allocation compensatrice de revenu pourrait devenir à terme un instrument puissant de lutte contre la pauvreté des travailleurs à condition d'indexer son évolution à celles de la production et du niveau général des prix. cette piste permettrait notamment à la société d'assumer le choix de la solidarité sans pour autant en faire supporter le coût par les employeurs potentiels et incidemment, par les personnes exclues de l'emploi..

merci de vos commentaires critiques ! ;-)